TERRORISME CHIMIQUE AU JAPON -METRO 1995

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TERRORISME CHIMIQUE AU JAPON -METRO 1995

L’ATTENTAT DANS LE METRO DE TOKYO

Peu avant que cette étude soit mise sous presse, un incident s’est produit que beaucoup considèrent être le premier vrai cas d’utilisation d’agents chimiques par des terroristes dans un attentat majeur contre des civils. Le matin du 20 mars 1995, de petits contenants, que des témoins ont décrit comme étant enveloppés dans du papier journal et recouverts de sacs de plastique transparents à peu près de la taille d’une boîte à lunch132, ont été placés dans cinq wagons sur trois lignes importantes du métro de Tokyo (Marunouchi, Chiyoda et Hibiya). Les trains devaient arriver à quatre minutes d’intervalle à la station Kasumigaseki au plus fort de l’affluence du matin, entre 8 h 09 et 8 h 13133. La presse devait rapporter plus tard que les autorités policières soupçonnaient que les contenants étaient une arme chimique de type binaire dans laquelle les éléments constituants du sarin devaient être réunis pour former le gaz toxique immédiatement avant sa libération (apparemment par le bris des bouteilles) dans les wagons bondés (T. Watanabe, 1995 ; AP, 1995a ; Strasser et coll., 1995 : 37)134. Il en est résulté douze morts et plus de 5 500 blessés ; le gaz s’est répandu dans les wagons et a affecté des pas agers qui ont été déversés à 16 stations différentes sur le parcours.

Deux des lignes de métro ont été arrêtées et 26 stations ont été fermées.La station vers laquelle les trains convergeaient, soit la station Kasumigaseki, est située au coeur du district gouvernemental de Tokyo, près de nombreux ministères et - ce qui est peut-être encore plus significatif - directement en face du quartier général de l’Agence nationale de police (ANP). Certains commentateurs ont commencé immédiatement à énoncer l’hypothèse que l’attentat visait les agents de l’ANP qui arrivaient pour prendre leur poste du matin à 8 h 30 (Reid, 1995b ; AP, 1995f)135. Étant donné le manque de précision de l’attentat et l’absence de toute revendication, d’autres n’ont toutefois vu aucun motif politique précis autre que le désir apparent de causer la panique et de faire la démonstration de la vulnérabilité de la population civile - et par extension celle du gouvernement - face à des attentats de ce genre136.

Certains commentateurs ont évidemment cru que l’attentat de Tokyo n’était que le prélude à la formulation d’exigences par leurs auteurs. Kyle Olson, par exemple, a dit au bulletin de nouvelles de la chaîne ABC : "Selon moi [...], soit que ce groupe est animé de motifs que l’on ne peut pas comprendre, soit qu’il n’a pas encore abattu toutes ses cartes" ( ABC, 1995 : 5). De même, le journaliste James Adams a remarqué : "Si votre motif est le terrorisme, alors vous voulez terroriser ; quel meilleur moyen de semer la terreur que de mener une série d’attentats apparemment au hasard sans rien exiger, pour semer la panique au sein du gouvernement et de la population ? Puis, lorsque la panique est à son comble, c’est alors le temps d’ouvrir son jeu." (ABC, 1995 : 5)137.Un mois après l’attentat, et longtemps après qu’une secte religieuse japonaise soit devenue le foyer des soupçons, Michelle Gosling du Cult Information Centre de Londres aurait affirmé que "certains groupes ont tenté de précipiter les événements pour faire se réaliser les prédictions que la fin est proche" Voici ses propres termes : "Je risquerais une hypothèse : en se livrant à un acte épouvantable comme un attentat au gaz, il leur est possible de dire "voyez, nos prophéties se réalisent et la seule façon de survivre est de se joindre au groupe"." (Fox, 1995). Toutefois, l’explication la plus simple est peut-être la plus convaincante. Akira Fukushima, un professeur de psychologie criminelle de l’université Sophia de Tokyo, a affirmé : "C’est le genre de démonstration qui veut montrer à quel point ils sont puissants et qui signifie "c’est ce qui vous arrivera si vous vous frottez à nous". Ce type d’attentat peut ou non se répéter, tout dépend de la façon que le message est reçu. C’est très difficile à prédire." (Moffett, 1995h)138.

Des commentateurs se sont également déclarés surpris que, malgré la toxicité du sarin et la nature de la cible, le nombre de morts ait été en fait si peu élev139. Certains ont attribué le nombre relativement peu élevé de morts à ’inefficacité des moyens de dissémination choisis. Robert Kupperman du Center for Strategic and International Studies à Washington, par exemple, aurait dit que "si les terroristes avaient disposé d’un bon système d’administration d’aérosols [...], ils auraient tué au moins 300 personnes" (Greve, 1995)140. Kathleen Bailey des Lawrence Livermore National Laboratories aurait prétendu que les terroristes ont délibérément évité de provoquer une destruction massive : "Je crois qu’ils voulaient simplement faire savoir qu’ils possédaient cette arme et qu’ils étaient prêts à l’utiliser. S’ils l’avaient voulu, ils auraient pu tuer toutes les personnes qui ont été hospitalisées." (Greve, 1995).D’autres ont émis l’hypothèse que l’agent était tout simplement impur, que les terroristes l’avaient peut-être dilué délibérément soit pour se protéger eux-mêmes141 soit pour réduire le nombre de morts.

Cette théorie semble confirmée par la découverte dès le début de traces d’une autre substance, l’acétonitrile (ou cyanure de méthyle) qui, d’après des "experts en chimie", aurait pu être utilisée pour diluer le gaz (Moosa, 1995b)142. Kyle Olson du Chemical and Biological Arms Control Institute, aux É.-U., a plus tard attribué le petit nombre de morts à "divers facteurs, notamment la petite quantité d’agent chimiques utilisée, la qualité relativement inférieure du sarin, l’intervention rapide de la police de Tokyo et du personnel affecté aux urgences et la puissance inusitée des systèmes d’échange d’air installés dans de nombreuses stations du métro de Tokyo" (JT, 1995b). Des médecins experts américains de passage, cités le 31 mars, ont convenu que la rapidité d’administration des soins d’urgence a sauvé de "nombreuses vies" (Reuters, 1995d).

 


INCIDENTS ANTERIEURS INEXPLIQUES

Dans les jours qui ont suivi l’attentat du métro, alors que le nombre de morts continuait d’augmenter, les soupçons se sont portés sur une secte religieuse japonaise assez peu connue, la secte Aoun Shinri Kyo (ou la "Vérité suprême"), dont le chef, Shoko Asahara, avait dans le passé montré un intérêt inhabituel pour les armes chimiques et biologiques143.

Deux jours après l’attentat, un grand nombre d’agents de police ont entrepris des descentes importantes dans les nombreuses installations de la secte au Japon, sous le prétexte de rechercher des victimes d’enlèvement (étant donné qu’il n’y avait aucune preuve immédiate reliant la secte à l’attentat du métro). À un certain endroit, un complexe ou une commune à Kamikuishiki aux environs du mont Fuji, à 100 km de Tokyo, ils ont découvert des installations importantes servant à la fabrication d’armes chimiques et de grandes ré erves d’agents chimiques eux-mêmes, y compris tous les ingrédients nécessaires pour fabriquer du sarin. Toutefois, malgré qu’ils se soient livrés à des recherches poussées les jours suivants, les policiers ont été incapables de trouver une preuve concluante liant directement la secte à l’attentat de Tokyo.

Ce n’est que graduellement qu’ils ont pu amasser suffisamment de preuves pour leur permettre de faire les rapprochements nécessaires entre la secte et l’incident de Tokyo, ainsi que des incidents antérieurs d’intoxication ou de contamination au sarin au Japon.Ces incidents antérieurs - dont la plupart ont été connus à l’extérieur du Japon seulement après l’attentat de Tokyo - ont incité de nombreux observateurs à conclure que les autorités japonaises n’auraient pas dû être surprises par l’attentat du métro144, ni par l’identité de leur auteur présumé, la secte Aoun145.En premier lieu, il s’est produit une série d’incidents inexpliqués avant l’attentat du métro qui aurait pu indiquer que des terroristes faisaient l’essai de gaz neurotoxiques.

Le plus important de ces incidents est survenu à la station de montagne de Matsumoto, située à 125 milles au nord-ouest de Tokyo, en fin de soirée le 27 juin 1994. Une substance, identifiée plus tard comme étant du sarin, a pénétré par les fenêtres ouvertes dans les appartements et les maisons, tuant ou blessant tous les être vivants dans un périmètre de 500 verges sur 100 verges. Sept personnes sont mortes et quelque 264 ont dû être hospitalisées. Les soupçons ont d’abord porté sur un ancien vendeur de substances chimiques chez qui on a saisi diverses substances chimiques ; on le soupçonnait d’avoir libéré le gaz accidentellement dans une tentative de fabriquer lui-même un insecticide. Toutefois, la police a plus tard levé les soupçons sur l’individu et a poursuivi, sans succès, ce qu’elle considérait comme une enquête criminelle.

Ironiquement, on a relaté en détail l’incident de Matsumoto dans le Sunday Times de Londres, le 19 mars 1995, un jour seulement avant l’attentat du métro de Tokyo. On y rapportait qu’il y avait eu "une enquête poussée effectuée par une unité spéciale du laboratoire des enquêtes criminelles de la police métropolitaine de Tokyo spécialisée dans le sarin, par l’agence de police nationale et les services de sécurité" qui sont arrivé à la conclusion que "l’attentat était un essai d’administration d’un agent chimique par des terroristes"146. Dans cet article, on citait également Kyle Olsen, vice-président directeur du Chemical and Biological Arms Control Institute de Washington, qui s’était "rendu récemment à Matsumoto pour faire une étude spéciale de ce cas". Ce dernier affirmait que "d’après les indices disponibles, il est très clair que cet incident est un cas d’utilisation délibérée d’une arme chimique contre une population civile vulnérable".

Enfin, le journal signalait qu’après une analyse plus poussée des résultats de l’enquête d’Olsen, les agences de renseignement occidentales ont appuyé a conclusion" (Annells et Adams, 1995 : 2)147.Quelques mois après l’incident de Matsumoto, en septembre 1994, une lettre anonyme, envoyée à des médias japonais, (mais dont on n’a pas parlé avant l’attentat de Tokyo) indiquait que des agresseurs pourraient s’attaquer au Dome de Tokyo à l’aide de gaz neurotoxiques. On dit que la lettre avait également correctement prédit que la cible suivante serait le métro de Tokyo" (Reuters, 1995e). Dans un récit des incidents précédents, qui ne donne pas d’autres détails, on indique que, le 1er septembre 1994, "plus de 230 personnes dans l’ouest du Japon ont souffert d’éruptions cutanées et d’irritations des yeux causées par des émanations inconnues" (Greve, 1995)148.

Dans un cas signalé plus fréquemment, dans la soirée du 5 mars 1995, un gaz incolore s’est répandu dans un wagon de chemin de fer sur la ligne de train Keihin Kyuko reliant Yokohama et Tokyo et a terrassé 19 des 80 passagers, les victimes se plaignant de maux de tête, de vision brouillée et de nausée. Onze d’entre elles ont été hospitalisées, mais aucun mort n’a été signalé. Selon un rapport, "la police et les pompiers ont fouillé le wagon, mais n’ont découvert rien de suspect" (JTW, 1995a : 5). Seulement dix jours plus tard, le 15 mars 1995, les autorités à Tokyo ont trouvé trois mallettes, à la station de métro Kasumigaseki, qui renfermaient "des contenants d’un liquide transparent, un vaporisateur puissant fonctionnant sur pile et un ventilateur pour pousser les vapeurs dans les ouvertures d’aération" (Nelan, 1995 : 26) ; au moins une des mallettes émettait un genre de vapeur. Le liquide en question s’est révélé être de l’eau, mais les autorités auraient renforcé la sécurité à cette station par la suite (AP, 1995b)149.


LA SECTE AOUN SHINRI KYO

Outre ces incidents inexpliqués, la secte Aoun Shinri Kyo, notamment, avait déjà utilisé, allégué avoir utilisé ou envisagé d’utiliser des agents chimiques et biologiques, dont du sarin (encore là, la plupart de ce qui suit n’a été diffusé qu’après l’attentat de Tokyo). Dès juillet 1993, des agents s’étaient vus refuser l’entrée d’immeubles de la secte à Tokyo après que plus d’une centaine d’habitants des environs se soient plaints d’émanations blanches nocives provenant de ces immeubles (Greve, 1995 ; AP, 1995c).

Dans un sermon prononcé en mars 1984, à Kochi, le chef de la secte, Asahara, aurait affirmé : "La règle en état d’urgence est de tuer son adversaire d’un seul coup, par exemple c’est dans cette optique que les recherches sur le soman et le sarin ont été faites au cours de la Deuxième Guerre mondiale" (Van Biema, 1995 : 24). Asahara aurait également confié que la "première mort" qu’il infligerait serait "caus& acute;e par un gaz toxique comme le sarin" (Kristof et Wudunn, 1995 : A6).En juillet 1994, des habitants de Kamikuishiki se sont plaints d’irritations des yeux et du nez et de nausées causées par des émanations non identifiées provenant des installations de la secte.

Selon un rapport, les habitants du village avaient "déposé une plainte officielle contre la secte auprès de la police, mais la secte avait contre-attaqué avec une poursuite en diffamation contre eux, alléguant que des habitants hostiles avaient utilisé du sarin pour tenter d’évincer la secte" (Reuters, 1995f). Les enquêteurs de la police ont détecté "un composé qui aurait pu être un dérivé du sarin" dans le sol près de l’immeuble de la secte, mais ils n’auraient pas "poursuivi les recherches [...] car personne n’avait été blessé" (Moosa, 1995b)150. Asahara et ses disciples ont allégué que le résidu trouvé à Kamikuishiki était le résultat de tentatives du gouvernement d’empoisonner les membres de la secte à l’aide d’hélicoptères militaires et d’avions à réaction qui auraient pulvérisé du sarin sur ses communes (Miyatake, 1995 : B1).

Ils auraient également intenté une poursuite contre un homme d’affaire japonais qui aurait introduit du sarin dans leur quartier général au centre du Japon (Weiner, 1995)151.Dans un livre publié le 2 mars 1995 et intitulé Disaster Approaches the Rising Sun Country, la secte Aoun a décrit les gaz neuroxiques comme "la nouvelle arme de l’armagédon". Selon un rapport, le livre donne "en détails les caractéristiques du sarin et de deux autres gaz neurotoxiques, les précautions à prendre pour les mélanger et le traitement des symptômes résultant d’une exposition" (T. Watanabe, 1995). Toutefois, un autre rapport soutient que le livre décrit la secte Aoun comme "une victime, et non un agresseur", et le métro, par exemple, était considéré comme un abri servant à se protéger contre un attentat (AP, 1995a).

Douze jours seulement avant l’attentat de Tokyo, les leaders de la secte Aoun auraient envoyé par écrit un "dernier avertissement" à leur membres les invitant à une réunion d’urgence et prétendant que la secte risquait de faire l’objet d’un attentat au moyen d’"armes biologiques" (Strasser et coll., 1995 : 40).On pense que la police japonaise soupçonnait la secte Aoun de posséder des agents chimiques, car un communiqué à la télévision, le 24 mars 1995, signalait que la police s’était entraînée avec les forces d’autodéfense à utiliser des masques à gaz la veille de l’attentat du métro, en préparation pour une descente visant le groupe qui avait été prévue à l’origine pour décembre152. On a ainsi émis l’hypothèse que l’attentat du métro pourrait avoir été une attaque préemptive portée par la secte Aoun (T. Watanabe, 1995).

D’autres sources ont signalé que la police avait demandé aux forces d’autodéfense de lui fournir des masques à gaz et d’autres dispositifs de protection contre des substances chimiques le 17 mars (JT, 1995a) et qu’elle les avait utilisé lors d’une descente au quartier général de la secte Aoun, à Osaka, la veille de l’attentat de Tokyo (Strasser et coll., 1995 : 40).

 

DESCENTES ET SAISIES

Comme on l’a indiqué plus haut, la police a effectué une série de descentes massives aux installations de la secte Aoun deux jours après l’attentat de Tokyo. La première descente au complexe de Kamikuishiki, le 22 mars, aurait permis aux policiers de saisir 34 "gros contenants" d’acétonitrile [décrit par certains comme un "solvant servant à fabriquer des gaz neurotoxiques" (CP, 1995a) et par d’autres comme servant à "transporter facilement du sarin" (JT, 1995a)], ainsi que des "réservoirs de gaz de taille industrielle, des refroidisseurs d’air et des générateurs" (CP, 1995a).

Après une descente le lendemain, la police aurait trouvé 200 fûts ou "environ deux tonnes" de substances chimiques toxiques, de l’équipement pouvant servir à fabriquer du sarin et divers dispositifs de protection contre les substances chimiques, dont des masques à gaz et des combinaisons, ainsi qu’"un magazine sur le point d’être publié qui prédisait que des attentats au gaz ou d’autres calamités tueraient 90 pour 100 de la population des grandes villes" (Holley, 1995a).Les substances chimiques qui auraient été saisies sont du fluorure de sodium et du trichlorure de phosphore - "les ingrédients principaux du sarin", selon un professeur de chimie de Tokyo -, ainsi que des "quantités très importantes d’autres substances chimiques dangereuses comme des composés de cyanure, emballés dans du papier fort, dont certains emballages étaient déchirés" (Moffett, 1995a). Dans d’autres rapports, on indiquait que les substances saisies comprenaient du cyanure de sodium, de l’acétonitrile, du chloroforme, de l’éthanol, du cyanure, de l’iodure de potassium, de l’acide sulfurique, de l’acétone, de l’éther, de l’atropine (un antidote du sarin), du chlorure d’ammonium, du trichlorophosphate (ou trichlorure de phosphore), de l’alcool isopropylique (isopropanol) et du fluorure de sodium, ces trois dernières substances étant décrites comme des ingrédients du sarin. La police aurait trouvé environ 500 fûts métalliques de trichlorure de phosphore et "plusieurs chariots élévateurs à fourche remplis de fluorure de sodium seulement" (Kristof, 1995b)153.Dès le 25 mars, la police avait déjà trouvé "plusieurs centaines de tonnes" de 40 substances chimiques différentes à Kamikuishiki et dans des entrepôts, situés dans d’autres villes, loués par quatre compagnies prête-nom (Kattoulas, 1995a).

Dans un journal, on a affirmé que la police avait estimé que la quantité de substances chimiques confisquées (évaluée à environ 150 tonnes) était suffisante pour fabriquer assez de sarin (50 tonnes) pour tuer 4,2 million de personnes (Kristof, 1995c)154. Dans un autre journal on estimait que les quantités trouvées pouvaient tuer jusqu’à 10 millions de personnes (à partir du nombre de doses létales de chacune des substances chimiques) (Kristof, 1995c). Également le 25 mars, la police aurait fait le lien entre les résidus de substances chimiques trouvés à Kamikuishiki, en juillet 1994, et ceux trouvés à Matsumoto, en juin 1994, et après l’attentat du métro de Tokyo (Reuters, 1995g). Une analyse par chromatographie en phase gazeuse aurait permis d’identifier le résidu présent dans les trois échantillons comme étant de la diisopropylméthylphosphine acide et des substances apparentées, exactement dans les mêmes proportions155.

Selon l’agence de presse japonaise Kyodo : "L’analyse a prouvé que les mêmes personnes sont à l’origine des trois échantillons et que la même méthode a été utilisée" (Kattoulas, 1995b). Cette découverte a apparemment été à l’origine d’une autre accusation de "préparation en vue d’un meurtre" portée contre la secte Aoun.À une conférence de presse, à Washington, le 28 mars, à son retour d’un voyage de recherche à Tokyo, Kyle Olson a signalé que le gros appareil d’extraction de l’air découvert à Kamikuishiki permettait à la secte Aoun de fabriquer du tabun, un agent neurotoxique beaucoup plus meurtrier que le sarin (JT, 1995b).On a obtenu plus de détails sur les installations de Kamikuishiki dans les semaines suivantes. On y aurait trouvé une usine de produits chimiques de quatre étages encore en construction, "comprenant une salle d’ordinateurs à moitié terminée", appelée le "septième Satian" et un entrepôt de substances chimiques appelé le "sixième Satian" (Kattoulas, 1995c).

Le 2 avril, la police aurait trouvé au "septième Satian" une substance chimique appelée méthyliodure, "un élément essentiel dans le procédé de fabrication du sarin à l’aide des trois substances" dont on a parlé plus tôt (Kyodo, 1995a). Parmi l’équipement trouvé sur les lieux, il y avait "des génératrices industrielles et deux appareils, un chromatographe en phase gazeuse et un photospectroscope, qui peuvent faciliter la synthèse de composés chimiques mortels" (Benkoil, 1995).

Le 7 avril, la police aurait trouvé une substance chimique appelée acide monoisopropylméthylphosphonique, "qui ne peut provenir que de la décomposition du sarin et qui prouve donc qu’il y aurait eu du sarin dans l’établissement" (mais pas nécessairement préparé par la secte Aoun) (Moffett, 1995b).

Le 2 avril, on a signalé qu’un membre de la secte arrêté pour une infraction aux règlements de la circulation aurait été en possession d’une mallette en duralumin du même type que celle trouvée à la station de métro Kasumigaseki, le 15 mars.

Selon le rapport, les dispositifs en question étaient "composés d’un vibrateur, d’un ventilateur, d’un tuyau rempli d’eau et d’un compresseur, entre autres - lesquels étaient conçus pour produire de la vapeur par vibration du tuyau d’eau. Le dispositif pouvait être contrôlé à distanc au moyen d’ondes ultrasoniques" (Mainichi Daily News, 1995g).La descente du 4 avril à Tomizawa, près du mont Fuji, "qui avait, semble-t-il, abrité le groupe de recherche en chimie de la secte Aoun", aurait permis de découvrir un immeuble de deux étages comprenant un laboratoire de chimie "encore plus grand que celui trouvé précédemment" (AP, 1995d)156.

Le 5 avril, on a signalé que deux membres de la secte Aoun avaient acheté deux hélicoptères miniatures radioguidés, en novembre 1993 ; leur but déclaré était de transformer ces hélicoptères en systèmes de pulvérisation des récoltes au moyen de l’équipement de pulvérisation de pesticides qu’ils possédaient déjà. Chaque hélicoptère pouvait transporter jusqu’à 8 kg d’équipement (Dailey Yomiuri, 1995k)157.

Le lendemain, un informateur aurait révélé à la police que la secte avait caché 25 000 sacs en plastique de sarin dilué dans les montagnes - "assez pour tuer des millions de personnes" (Ottawa Citizen, 1995a). Enfin, une semaine plus tard, un rapport signalait que la police avait comparé la quantité de substances chimiques achetées par la secte et la quantité découverte lors de ses descentes dans les entrepôts, et elle était arrivée à la conclusion que la quantité qui manquait était suffisante pour fabriquer 5,6 tonnes de sarin - encore là, une quantité suffisante "pour tuer des millions de personnes" (Kristof, 1995d)158.

Le plus effrayant, c’est peut-être le fait que les descentes de police ont révélé que la secte Aoun expérimentait également avec des agents biologiques, et faisait même des recherches sur des armes nucléaires par enrichissement de l’uranium. Le 28 mars, la police aurait confisqué, à Kamikuishiki, "un dispositif avancé d’analyse de l’ADN et 200 gros contenants de peptone, une solution utilisée pour cultiver des bactéries et d’autres microorganismes" (Kattoulas, 1995d)159, ainsi que des "quantités de Clostridium botulinum (toxine botulinique) (AP, 1995e)160.

Un rapport publié le lendemain faisait état d’un" analyseur d’ADN qui pourrait servir à fabriquer des armes biologiques" (Kattoulas, 1995c).

Le 30 mars, le Japan Times a signalé que la police avait confisqué des "contenants spéciaux à température contrôlée" (pour cultiver des cellules bactériennes), ainsi que de l’"équipement pour tuer les bactéries". À en juger par les dates d’achat des contenants, la police soupçonnait que la secte était déjà en pleine culture de bactéries deux ans et demi plus tôt, soit en 1992. À peu près à la même époque, la secte avait "également acheté continuellement d’autre matériel de verre expérimental jusqu’en septembre 1994, pour une somme totale évaluée à 10 millions de yens (JT, 1995b). Le 3 avril, le douzième jour de sa perquisition, la police aurait "confisqué des incubateurs, des microscopes électroniques et 300 livres de biochimie, comprenant notamment des recettes pour fabriquer de la toxine botulinique" (Lloyd-Parry, 1995a).

Dans un rapport publié plus tard, on a d eacute;crit les incubateurs comme étant "d’un type nouveau et [...] relativement gros comparés à ce qu’on utilise généralement" et l’établissement dans lequel ils ont été retrouvés était, selon des "experts", de la "taille de ceux qu’on retrouve dans les grandes compagnies pharmaceutiques et [...] il avait la capacité de produire de très grandes quantités de bactéries". (Daily Yomiuri, 1995n).le 12 avril, la police aurait jugé que la secte avait "cultivé le bacille du choléra et d’autres bacilles "spécialisés"". Le rapport faisait remarquer que "plusieurs carnets saisis renfermaient des données fondées sur de telles expériences". Les livres et l’équipement, y compris "du matériel pour cultiver des bacilles botuliniques", auraient été trouvés dans un immeuble préfabriqué situé derrière l’immeuble Satian no 10, alors que le peptone a été saisi dans l’immeuble Satian n° 6, l’entrepôt de substances chimiques dont on a déjà parlé (Daily Yomiuri, 1995a). Le 22 avril, le Mainichi Daily News a signalé que des disquettes d’ordinateur confisquées montraient les plans détaillés d’un immeuble de quatre étages destiné à la recherche sur les bactéries, comprenant une chambre de décontamination munie d’une douche sèche, qui devait être dirigé par un membre de la secte diplômé de l’Institut de technologie de Tokyo (1995a).

On a signalé à la mi-mai que le "ministre de la Santé et du Bien-être" de la secte, le spécialiste en génie génétique Seiichi Endo, s’était rendu dans un grand institut de recherche à Tsukuba, dans la préfecture d’Ibaraki, vers mai 1993, pour acheter le matériel nécessaire pour la recombinaison de gènes et des cellules servant à promouvoir la multiplication de virus". Il avait également prédit, dans un livre publié par la secte, que de "nouveaux microbes et des armes biologiques fabriqués par les techniques de modification génétique seront utilisés au cours de la prochaine guerre mondiale" (JTW, 1995d). Enfin, - et c’est probablement l’élément le plus effrayant de tous - on a signalé, à la fin de mai, que la secte s’intéressait au virus Ebola. À cet égard, la secte aurait envoyé une mission "médicale" au Zaïre, en 1992.